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Fragmentation des habitats

Fragmentation des habitats

Explications et conséquences 20 November 2019
Cause majeure d’extinction de notre biodiversité, la fragmentation des habitats se manifeste lorsqu’un écosystème de large étendue se retrouve transformé par l’action humaine en de nombreux fragments, de taille réduite, isolés spatialement. On parle également de morcellement des habitats. Ce phénomène s’oppose aux besoins vitaux qu’ont la faune et la flore de se déplacer et est complètement corrélé à la perte des habitats. 

Même si des barrières naturelles ont toujours existé dans la nature (chaînes de montagnes, océans, etc…), l’homme est à l’origine de nombreuses nouvelles barrières écologiques. Celles-ci peuvent être matérielles (routes, voies ferrées, canaux, barrages, lignes à haute tension, zones urbanisées, artificialisées, d’agriculture intensive…) ou immatérielles (odeurs, microclimats, zone à surfréquentation, pollution sonore, lumineuse, thermique, atmosphérique ou encore électromagnétique…). Ces barrières sont liées à un grand nombre d’activités humaines : urbanisation, agriculture, industrie, tourisme… La liste des activités occasionnant cet impact est très longue ! 

Quelles conséquences directes sur la biodiversité ?

Un des effets les plus évidents de la fragmentation est l’élimination immédiate des espèces présentes seulement dans les parties du paysage détruites. La déforestation est un bon exemple ! Sans arbre, pas d’espèces endémiques à ces milieux. Ce phénomène engendre également la disparition immédiate d’autres espèces non endémiques, mais qui vivaient tout ou partie de leur vie au sein de l’écosystème détruit. 

Une autre conséquence sur la biodiversité est le frein à la dispersion des espèces. De nombreuses espèces exigent plusieurs habitats pour leur développement (reproduction, alimentation, nidification…). Une barrière physique séparant un habitat des autres peut mener ces espèces à leur extinction. Cette extinction peut être plus progressive en cas de barrière séparant des populations de grande taille avec des populations de plus petite taille. Les petits groupes s’éteindront progressivement, leur population n’étant pas suffisante pour assurer la survie de l’espèce. 

La fragmentation des habitats, en plus de restreindre les tailles des populations, conduit également à la réduction de la diversité des habitats. Plus les écosystèmes sont diversifiés, plus la biodiversité est riche puisque les espèces, dans la plupart des cas, ont besoin d’un panel d’habitats pour vivre. La réduction de cette diversité entraîne donc la disparition de ces espèces. Par ailleurs, le morcellement en habitats de petite taille est défavorable aux grandes espèces qui nécessitent de grands espaces pour vivre. 

Enfin, la fragmentation augmente la surface du pourtour de chaque fragment. Ces milieux ont des conditions particulières, bien différentes de la zone centrale, engendrant un accueil d’une biodiversité spécifique. L’habitat, au travers de cette fragmentation, se retrouve dénaturé du fait de l’augmentation de l’effet de lisière qui va nuire au cœur de l’écosystème et parfois causer l’extinction de nombreuses espèces. 

Notons par ailleurs que le phénomène affecte différemment chacune des espèces. Par exemple, elle affecte bien plus les espèces naturellement rares, à faible fécondité ou cycle de vie court, nécessitant un grand espace pour vivre, dépendant de ressources très rares, et celles pouvant vivre uniquement dans les espaces cœur des écosystèmes. 

Quels sont les leviers d’action ? 

L’arrêt de l’imperméabilisation des sols, phénomène irréversible, est un des leviers majeurs pour lutter contre l’extension du phénomène. Rappelons que le sol est une ressource non renouvelable et à la base de notre vie. Il est encore peu intégré par les organisations. Il existe également des outils de planification urbaine et d’aménagement des territoires qui peuvent aider pour limiter ce phénomène comme la prise en compte des Trames Vertes et Bleues, mais aussi Noires, Brunes ou encore Grises, ces trois dernières n’étant que peu usitées aujourd’hui. De façon générale, il faut limiter l’extension des surfaces artificialisées. Un autre levier serait de réduire les impacts pour limiter les effets négatifs en améliorant la biodiversité sur les surfaces existantes (diagnostic biodiversité et mise en place d’actions concrètes, mise en place d’aménagements favorables aux espèces locales, mise en place de dispositifs de protection des espèces comme des zones refuges, etc...).

La liste des actions possibles est longue. En dernier recours, il est également possible de compenser l’artificialisation causée. Pour finir, l’ensemble des organisations ont leur rôle à jouer pour lutter contre ce phénomène qui cause la destruction de notre vivant. Les actions sont parfois très simples à mettre en œuvre, et l’association de l’ensemble des mobilisations contribue concrètement à préserver notre biodiversité, nécessaire à tous.  

Source : INRA, Conservation nature, IGN, Observatoire national sur l’artificialisation des sols

Pauline Herrmann - Consultante Développement Durable

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